Une date

10 ans + 1 …
Il y a 10 ans + 1 jour on me diagnostiquait une maladie « grave » comme on dit …

Fin de grossesse, quelque part aux alentours de novembre 2004 …
Je ressens des douleurs dans le bras droit. Mais c’est normal les douleurs en fin de grossesse, surement une mauvaise position la nuit, avec un gros ventre, c’est pas facile !
Et puis l’accouchement …
Et puis quelques jours après, toujours ces douleurs. Je touche, je cherche ce qui peut me faire si mal … je découvre une grosseur, un boule. Je n’imagine rien, surtout pas le pire. Le médecin, lui c’est son boulot, il saura me dire ! Mais non, il ne sait pas, il doute, sans me le dire.

Le 10 janvier, une échographie … ce médecin (radiologiste, manipulateur … je ne me rappelle plus trop de son titre finalement ?) comprend tout de suite. Moi non.
On enchaîne avec une radio. Lui affine et confirme, toujours muet, moi je suis toujours dans ma bulle : jeune Maman, un bébé d’un mois, invincible …
On se revoit demain pour un IRM ? Oui pas de soucis ….
Rien de m’affole dans le fait qu’on me donne rendez-vous pour un IRM en urgence, non, non, tout continue d’aller bien …

Le 11 janvier, salle d’attente … Une mini-puce qui a simplement envie de se coller contre moi et téter …
Il faut y aller, enlever vêtements et bijoux, se faufiler dans un grand tube, sans bouger …c’est long, j’étouffe …
De nouveau la salle d’attente. Je veux partir, j’ai pas envie d’en savoir plus.
Madame ? Vous pouvez venir ?
Excusez-moi Madame, je ne peux pas rien vous dire, c’est grave, c’est certain. Il faut faire vite, mais je ne peux rien vous dire. Il faut aller voir votre médecin. C’est grave. Il vous dira. Faites vite
Je suis perdue, ce type qui nous parle sans rien nous dire, Jolie Léna qui a faim. Non Madame, vous ne pouvez plus allaiter. Le produit qu’on vous a injecté, on ne connait pas, s’il passe dans le lait, les conséquences ….

Tant pis, on sort, j’allaite.
Puis chez le médecin, salle d’attente. Familière mais étrangère.
Cœur serré et larmes.
Cette dame, elle a un rhume, elle va vraiment passer avant moi ? S’il vous plait, je suis en train de mourir moi, laissez-moi passer ! C’est à ce moment là que les mots se collent entre eux et que je comprends, dans cette salle d’attente, pendant que la dame se fait prescrire de la vitamine …
Et puis le face à face : les mots, les vrais, ceux qui font mal juste quand on les entend … Ostéosarcome, tumeur maligne osseuse, forme de cancer. Voilà c’est dit.
Mais il dit aussi que j’ai 24 ans, un bébé, qu’il ne peut exister qu’une seule issue possible, il ne laissera pas autre chose se passer.

Les jours passent : scanner, coups de téléphone à nos familles qui paraissent si loin, les débuts au biberon, Xanax … des larmes aussi …
Rendez-vous avec un cancérologue : froid, dur … je suis juste un dossier. Oui, une chirurgie Madame, lourde, une amputation, oui c’est possible, puis c’est comme ça … Plus jamais d’enfant, pas grave, vous en avez déjà une …
Au revoir Mr, on ne se reverra pas. Nos familles sont trop loin, on s’en va, on retourne chez nous. Sans regret …

Et puis tout s’enchaîne, pendant 6 mois je suis là sans y être. Shootée. Mémoire sélective … instinct de survie ? Se protéger ? Peut-être.
Je me souviens avoir perdu mes cheveux, je me souviens de samedis soirs avec des amis, je me souviens de moments sur le canapé avec ma Jolie, je me souviens de séjours trop fréquents au « Centre », je me souviens d’effets secondaires dévastateurs, d’un chirurgien spécialisé, d’un bras sauvé, un prothèse à la place de l’os ….

Et puis la rémission : 1 mois, 2 mois, 6 mois …. presque 10 ans …
Des séquelles oui, mais la vie ! Des pieds de nez à la maladie.

Aujourd’hui j’y pense souvent, ces quelques mois font partis de mon histoire comme tous les autres.
Parfois je trouve injuste de me retrouver avec une prothèse et ce qui en découle … mais parfois seulement !
Le plus souvent je suis fière !

10 ans + 1 jour …

Prenez soin de vous …

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16 réflexions sur “Une date

  1. Et bien dis moi c’est une sacré histoire qui t’es arrivée…. Mais tu as eu deux autres jolies, tu es la pour nous la raconter….trop contente pour toi même si je sais que ça ne doit pas être facile tous les jours
    Garde ce moral et bonne continuation a toi….
    Bizzz

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  2. Merci pour ce billet…il est court,rapide,très émouvant et à la fois on sent l’intensité des sentiments,le parcours qui a été le tien dans ce combat et l’urgence de vivre et de profiter des jolies choses comme tu sais le faire… On devient mortel quand on devient parent mais encore plus quand on doit faire face à ce genre d’épreuve…tu peux être fière en effet!

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  3. Que d’émotion dans ce texte qui nous rappelle ces durs moments. Mais tu as fait preuve d’un tel courage tu ne peux qu’en être fière ! Bisous

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  4. Depuis tout à l’heure je cherche mes mots mais je ne trouve pas tant l’émotion est grande….
    J’admire ta force et ton courage ! J’aime le beau pied de nez qui a fait qui a fait que tu as eu 2 autres jolies.
    Plein de bisous à ta jolie famille !

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  5. J’ai des frissons en vous lisant… Quelle crasse cette maladie! Et comme vous pouvez être fière de vous d’avoir combattu et vaincu! Et votre entourage aussi d’ailleurs… Parce que je sais, pour l’avoir vécu, que ce n’est pas forcément plus évident pour les gens autour… Très heureuse année 2015 et surtout bonne santé à vous et vos proches!

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  6. Merci de m avoir rappelé que ton blog avait changé d adresse car sinon je n aurais pas lu ce billet si intense en émotion!!! Une belle victoire sur la vie ton histoire, ta famille!!!! Et j espère qu il n y aura plus que des 10+
    Bisous
    Pascaline. Pacaline sur ig

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  7. Bonjour. Quel beau message, très émouvant… Merci d’avoir partager ce souvenir avec nous. Il est très important de donner de l’espoir aux personnes confrontées à la maladie, et ton expérience est un formidable espoir !

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  8. voilà un bien joli message, pleins d’émotions et aussi de vie.

    tu as su mener un sacré combat en parallèle de l’apprentissage de la maternité. Je ne peux que te tirer mon chapeau.

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